Qu’est ce qu’un guide de canyon fait l’hiver?

Si il y a bien UNE question qui revient tout le temps c’est bien celle là. C’est quasiment à chaque sortie qu’on nous la pose et la réponse est pleine de nuances. Je ne vais pas répondre au nom de tous les guides de canyoning/ rafting mais pour ce qui me concerne.

Expectation

Je répond toujours plus ou moins sérieusement à cette question selon l’ambiance du jour mais récemment je réponds par une autre question : Que voulez vous dire quand vous me demandez ça? Et vos réponses sont intéressantes :

  • Est ce qu’on fait un métier à la neige?
  • Est ce qu’on fait du canyon tout le temps?
  • Est ce qu’on vit de ce qu’on gagne ?
  • Qu’est ce qui se passe quand il n’y a plus de touristes?
  • Quels sports on fait pour nos loisirs?

Du coup c’est intéressant parce qu’il y a en tous cas l’image du bi-saisonnier qui est très présente et qui s’équilibre avec une question plus profonde sur la vie à la montagne hors pic touristique

Réalité

Dans mon cas la saison ne veut pas dire grand chose, les premiers à m’appeler c’est au mois de mars et les derniers encadrements se font en novembre dans tous les cas à la faveur d’un rayon de soleil pour une clientèle locale ou en van. La saison couvre donc 8 mois. En dehors de l’activité classique visible sur le site, il y a une multitude de petites tâches réalisées le reste de l’année

Pour les guides saisonniers, effectivement ils ont besoin d’un revenu complémentaires vu le coût de la vie aujourd’hui et qu’il ne sont présent que 5 semaines dans l’été

La maintenance

Une partie hivernale de mon métier consiste à l’entretien des sites pour les fédérations montagne et escalade et pour les clubs alpins de montagne. Tronçonnage, purge de rochers, suivi des sites, vérification des ancrages. ça prend une dizaine de journées au maximum sur les mois creux, souvent en chevauchement avec les premiers encadrements extérieur. Malheureusement cette partie du métier est en baisse avec des changements d’organisations fréquents

L’encadrement

Assez rare l’hiver malgré qu’il serait tout à fait possible, il se concentre sur des sessions aux Vésubia Mountain Parc à Saint Martin de Vésubie. Mais c’est loin et m’oblige à y rester plusieurs jours. Pas mal de guides locaux y sont présents et se saisissent les créneaux les plus avantageux donc j’y suis de moins en moins.

Ca m’est arrivé d’encadrer des animations cordes pour enfants avec des confrères mais entre l’aspect complexité logistique en rapport de la valeur donnée, j’ai lâché l’affaire, pas suffisamment reconnu pour un investissement plutôt fort.

Les autres compétences

Je suis aussi cordiste et élagueur. J’ai un BAC Pro aménagement paysager et j’effectue des chantiers occasionnels chez des riverains et entreprises. Cette part tend à augmenter doucement avec le bouche à oreille. Je n’ai pas, pour l’instant, voulu développer cette activité qui pourrait prendre une part majeure si je m’y consacre.

Ca m’est arrivé de travailler sur des projets scientifiques pour divers bureaux d’études notamment sur du comptage chiroptère en falaise ou de la mesure topographique de sédiments en rivière. Cette part bien que très intéressante est clairement aléatoire

La formation

C’est une partie importante de mon activité hivernale, jusqu’à aujourd’hui principalement auprès des clubs FFCAM et prochainement auprès de l’éducation nationale mais aussi auprès de corps de secours, ou groupes d’amis. Je forme des publics de tous niveaux : De futurs guides, des cadres de club, des débutants plus ou moins avancés. C’est une des part de mon métier que j’aime le plus. Cette part est en légère augmentation chaque année.

Le back office

C’est malheureusement la plus grosse part cachée du métier, celle qui ne rapporte rien à part du stress et une énorme perte de temps. Dans cette partie là c’est principalement des classeurs et du travail à l’ordinateur :

  • Comptabilité : même assisté d’une AGA, c’est quand même long et pénible
  • Administratif : du CERFA et autres URSSAF et site en .GOUV
  • Site internet : Réferencement, graphisme, réseaux sociaux

Je suis au niveau de travail où faire plus m’engagerait à payer des prestataires pour certaines tâches ce qui m’obligerait à travailler beaucoup plus dans un marché du travail en baisse ou faire le maximum de choses moi même sans toujours faire ça de manière optimale. C’est une belle source de stress en tous cas

En dehors du travail
Rénovation, jardin et mécanique

Même concept que le point précédent : on est suffisamment pauvre pour devoir faire nous même et suffisamment riche pour avoir des biens à entretenir. On ne se plaint pas, c’est plutôt plaisant à faire

Donc l’hiver c’est électricité à la maison, placo, menuiserie, maçonnerie.

C’est aussi faire la mécanique sur nos véhicules, les embrayages, distributions, freinage bien que je délègue de plus en plus certaines tâches trop pénibles.

Quand au jardin c’est pareil, on coupe une grosse partie de notre bois, on débroussaille nos terrains, on remonte des murs en pierre sèche et à la belle saison, plantation, désherbage, arrosage.

Loisirs

Et finalement pourquoi on ne fait pas un métier comme tout le monde? Pour le temps libre qu’il reste pour faire des activités. Canyon encore, escalade, ski de randonnée, VTT, spéléologie, kayak. On en profite bien et c’est l’avantage total de notre mode de vie.

Alors prochaine fois que vous nous posez la question : Question simple, réponse longue!


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